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LOUPS-GAROUS - Légendes du Sud-Est de la France

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LOZERE : la Bête du Gévaudan

En juin 1764, une bergère est attaquée près de Langogne, dans l’actuelle Lozère, par « un gros loup qui n’en était pas un ».

Quelques jours plus tard, une autre bergère, âgée de quatorze ans, est retrouvée égorgée près de ses moutons. Entre la fin de l’été et le début de l’automne, l’animal, que les journaux surnomment « la Bête », tue 12 personnes et en blesse 13 autres. À cette époque, les loups sont nombreux dans la région montagneuse et forestière du Gévaudan, mais la rumeur court qu’il s’agit là d’un monstre composite de taille démesurée. Les témoins parlent d’une créature sanguinaire bien plus grande qu’un loup, au poil long et roux, rayée sur le dos, avec un mufle noir, large et allongé, et une ample queue touffue. Elle est, dit-on, capable de ramper et sauter brutalement sur ses proies, et dégage une odeur épouvantable. Les gravures de l’époque la représentent hirsute, terrifiante, dotée de griffes acérées, de dents aiguisées, d’une grande queue, parfois même de cornes ou d’une trompe. La rumeur grandit : on va jusqu’à raconter que « la Bête » a des yeux de lynx et une voix humaine.

L’animal opère sur un périmètre élargi – dans le Gévaudan, mais aussi en Auvergne, en Vivarais et en Rouergue - et fait vite parler de lui dans toute la France. Le montant des primes offertes pour sa capture grimpe. Louis XV orchestre des chasses royales, mais ne parvient pas à venir à bout de cette terreur et devient l’objet de sarcasmes dans l’Europe entière. Des chasseurs de toute la France proposent de prêter main forte aux nobles du royaume mandatés pour traquer le fauve – dont les Denneval, père et fils, venus de Normandie.

Fin mai 1765, on compte 122 attaques – principalement des femmes et des jeunes filles –, 66 morts et 40 blessés. Louis XV, excédé, envoie son lieutenant des chasses royales, le marquis François Antoine de Beauterne. Méthodique, ce porte-arquebuse débute ses chasses, mais « la Bête » continue de sévir. Le 29 août, un loup gigantesque est tué. On pense l’affaire close, mais les attaques reprennent en octobre. D’autres régions de France sont gagnées par la peur : le Périgord, la Champagne, la Bretagne... Le 21 septembre, Beauterne tue un loup énorme. Là encore, on se réjouit, mais le 2 décembre, la Bête fait de nouvelles victimes. La liste des morts s’allonge jusqu’à l’été 1766. L’animal surgit désormais en plein village et semble invincible. Les chasses se poursuivent. Puis, le 19 juin 1767, Jean Chastel, un paysan réputé étrange, ancien repris de justice, abat un loup colossal de 53 kilos au pelage roux, qui se ruait sur lui sur le mont Mouchet, dans la forêt de Tenazeyre. Le cadavre de « la Bête » est montré dans les villages, puis au roi. Le paysan à mauvaise réputation quitte la cour sans aucune récompense. Dès lors, les attaques cessent, mais la légende est créée engendrant toutes sortes d’interprétations – on se met à croire aux agissements d’un homme sadique, meneur de loups, coopérant avec l’animal. « La Bête » aurait attaqué 250 personnes sur plus de 64 paroisses en trois ans, en aurait tué entre 100 et 130, et blessé 70. Les deux tiers des morts étaient de sexe féminin, et les trois quarts avaient moins de dix -huit ans. L’inconscient collectif français fut fortement imprégné par ces événements survenus deux décennies avant « la grande peur » de l’été 1789.

(Source : Le Loup, une histoire culturelle de Michel Pastoureau, Édition du Seuil).

LANGUEDOC : Le musicien poursuivi par le loup-garou

Une légende du Languedoc raconte que le diable, sous les traits d’un loup, passait effrayer les musiciens qui rentraient tard chez eux après un mariage ou une fête votive. Un soir, un homme qui regagnait Arre, ville du Gard actuel, fut surpris par la nuit alors qu’il atteignait un bois. Il sentit une étrange présence, se retourna et aperçut « deux yeux semblables à des braises qui trouaient l’obscurité », écrit Adrienne Durand-Tullou dans Du chien au loup-garou dans le fantastique de Claude Seignolle (éditions G. -P. Maisonneuve, 1961). Tout en se pressant, il émietta la fougasse offerte aux musiciens à l’issue de la fête pour éloigner la bête qui s’approchait dangereusement. N’ayant plus rien à lui offrir, il fouilla dans ses poches et y heurta son instrument qui émit un son. Le loup stoppa net sa course. Le musicien, saisissant son archet, se mit à jouer frénétiquement jusqu’à l’épuisement, et fut sauvé par le lever du jour.


LES REMEDES REGIONAUX CONTRE LES LOUPS-GAROUS: L'ACONIT, PLANTE LEGENDAIRE DES MONTAGNES DU SUD

Au Moyen-Âge, les villageois français ont fait preuve de beaucoup d’inventivité et développé tout un arsenal de méthodes pour se prémunir contre les loups-garous. Enracinés dans des croyances anciennes et des pratiques superstitieuses, ces remèdes insolites mais populaires incluaient plantes, amulettes et autres bénédictions. Parmi les plus couramment utilisés, on trouvait les balles en argent, bénies par un prêtre et réputées efficaces pour tuer les loups- garous. Les bénédictions et les prières, comme celles de Saint-Hubert, étaient couramment pratiquées pour protéger les foyers. Enfin, le sel était dispersé autour des habitations pour créer une barrière contre ces créatures mythiques.

L’Aconit ou « tue-loup »

L’aconit, également connu sous le nom de « tue-loup » ou « herbe au loup », était l’un des remèdes les plus célèbres contre les loups-garous. Cette plante toxique, utilisée depuis l’Antiquité, était censée repousser les créatures surnaturelles. Dans les régions montagneuses du sud de la France, notamment dans le Massif Central et autour des Alpes, l’Aconit jouait un rôle central et les villageois croyaient fermement en ses propriétés magiques pour se protéger des loups-garous. Des bouquets d’aconit pouvaient ainsi être suspendus aux portes des maisons pour repousser les bêtes. Cette plante, aux propriétés mystiques, était également utilisée dans des rituels de purification par les guérisseurs plus ou moins charlatans. Certains villageois portaient des morceaux séchés d’Aconit comme talismans pour amplifier son pouvoir protecteur. Enfin, elle pouvait être réduite en poudre et mélangée à d’autres herbes,afin de créer des barrières magiques autour des habitations. Ces pratiques reflétaient la profonde connexion entre les villageois et leur environnement naturel.

A CHAQUE RÉGION SES LÉGENDES DE LOUP GAROU

Équipe Presse - Netflix France

france-pr@netflix.com

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