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Tapie : Interview croisée entre Damien Couvreur et Tristan Séguéla

Tapie

Comment est né ce projet ?  Tristan : Au moment où j’ai tourné mon premier long métrage avec Laurent Lafitte, 16 ans ou presque : c’était une comédie régressive et la première fois que Laurent était la seule tête d’affiche d’un film. C’était donc un moment particulier pour nous et le premier jour de tournage, je lui ai dit qu’il ressemblait beaucoup à Bernard Tapie que je connaissais pour avoir vu ses exploits et pour l’avoir côtoyé dans un cadre plus familial. Pour ces deux raisons, je rêvais en secret de consacrer à Tapie un film ou une série et j’avais l’impression d’avoir en face de moi l’incarnation, ou la possibilité de l’incarnation, de ce récit. Je l’ai dit en me marrant à Laurent et lui m’a répondu « c‘est mon rêve d’être Tapie au cinéma depuis longtemps ».  Quelle a été l’étape suivante ? Tristan : Je suis allé voir Bernard Tapie qui m’a dit non ! Je lui ai dit « je ne te demande pas ton autorisation, je t’informe », mais c’était la première chose que je me devais de faire. Puis, j’ai approché Olivier Demangel, jeune scénariste d’à peine 30 ans à l’époque, et je lui ai demandé de me rejoindre dans cette aventure car je savais que j’aurais besoin de son talent. Ensuite, on a travaillé longtemps, le projet a pris plusieurs formes jusqu’à ce que Damien Couvreur arrive dans l’équation il y a trois ans. 

Damien : Côté Netflix, la naissance du projet s’est faite dans des moments étranges de confinement. On se « voyait » avec Tristan, sans pouvoir se voir physiquement. Ce qui nous semblait important, c’était de se demander quelle période on voulait aborder. On voulait une série romanesque qui ne soit pas dans l’exhaustivité de la vie de Tapie. Car chez Netflix, ce qui nous intéresse, c’est de se poser la question de savoir ce que nos séries racontent au public, comment il va s’y reconnaître, et ce qui va piquer sa curiosité. Les biopics peuvent être à double tranchant : ils peuvent être un challenge impossible sur le terrain narratif – et on avait là un personnage incroyable qui mêle ambition et controverse et qui a franchi tous les plafonds de verre pour réussir – mais, en miroir, ils nous racontent beaucoup de choses sur l’époque et la société. Avec Tapie, on traversait la politique, les affaires, le foot, la télévision. Toutes ces facettes sont autant de facettes de notre histoire. 

Tristan : Ce qui fait l’originalité de la série, c’est que ce n’est pas une pure comédie, ni une série de « lifestyle », mais qu’elle brasse plusieurs genres. 

Damien : On s’est beaucoup posé la question du genre car on sait que Tapie a cette gouaille et qu’il a une dimension humoristique et certaines situations réelles confinent au rocambolesque. Mais la vision reste sincère. 

Tristan : On ne voulait pas faire une farce ou une satire. On ne voulait pas se moquer du personnage : on l’a pris au sérieux, même si dans la vie c’était un mec truculent, gouailleur, qui pouvait faire rire des tablées entières. Mais il n’était pas vraiment doté du second degré.  Même pour Laurent Lafitte, qui excelle dans l’art de l’ironie, c’était un exercice de jouer des situations de comédie sans distance. 

Damien : Je trouve que le fait qu’on suive Tapie sur 30 ans de sa vie donne une latitude sur le genre car une vie n’est pas linéaire : il y a des moments plus joyeux, d’autres plus dramatiques et des moments qui tiennent de la pure épopée – l’épopée industrielle, la tragédie politique, le foot etc. Comment avez-vous élaboré la structure narrative et choisi le découpage en « moments » charnières dans la vie du personnage ? Tristan : C’est un travail qui a commencé quand Damien nous a fait confiance. Pendant un an, on a pensé la série en 6 ou 7 épisodes mais depuis longtemps, on savait qu’on allait aborder ses débuts dans la chanson dans les années 60, avec l’épisode de télécrochet avec Polnareff, qui d’ailleurs a réellement eu lieu : c’était vraiment son premier passage à la télé ! On l’a découvert assez tôt avec Olivier et cela nous a nourris. À un moment donné, on s’est demandé si on devait commencer par là, mais cela nous donnait un angle : c’était le portrait d’un homme qui a envie d’être célèbre, à qui on a promis le succès à 23 ans, et qui cherche des biais un peu détournés pour y parvenir. Quand il est chef d’entreprise, et parce qu’il a cette gueule et une soif terrible de notoriété, il crée une sorte de bulle autour de lui. Le succès en appelle d’autres car il traîne son aura et il ensorcelle tout le monde – ses banquiers, ses collaborateurs… Mais on a senti qu’il fallait qu’on fasse des choix pour développer des personnages forts et des intrigues fortes, et on a mis de côté des épisodes potentiels. Et chaque épisode devait être une facette de son aventure personnelle. Il en allait de l’écriture comme de la mise en scène, en passant par le montage. Il y a quelques personnages récurrents, mais pas tant que ça. Et il n’y a pas de décors récurrents car on n’a pas passé plus de deux ou trois jours dans le même décor. C’était un défi de production mais c’était aussi stimulant. 

Damien : Ce qui était intéressant, c’était d’avoir une équipe qui savait où elle allait, entre Tristan et Olivier, mais aussi Bruno Nahon à la production (Unité) et Laurent Lafitte attaché au projet dès l’écriture. Quand on sait ce qu’on veut raconter – l’histoire d’un homme convaincu qu’il pouvait devenir célèbre – et qu’on l’allie à la flexibilité de Netflix, cela permet de se poser des questions sur la bonne forme, le nombre d’épisodes, etc. Comme l’équipe maîtrisait le projet, on a pu mettre à sa disposition cette disponibilité et cette ouverture dans le travail. Notre marque de fabrique, c’est d’être investi à notre place – pas celle du producteur ou du créateur. 

Tristan : Au début, on était partis sur 6 épisodes, et à un moment donné, on a senti qu’il nous en manquait un. Par exemple, le cinquième est consacré à la politique, et le sixième à l’affaire OM/VA, et Damien sentait qu’il fallait plus de foot. Il avait raison, même si cela nous faisait peur de représenter le foot, les vestiaires et le stade. On s’est rendu compte que tout cela nous menait jusqu’au bureau du procureur Montgolfier : cette longue scène ne pouvait trouver sa mesure que si on assistait à la triche.

Damien : C’est un choix facile à faire quand on sait pourquoi on le fait. Toutes les parties sur le foot sont au service du récit. Certains moments sur le stade tiennent presque du thriller quand on en connaît les enjeux. Le foot est aussi un moment important pour raconter la métamorphose du personnage : c’est un personnage emblématique pour beaucoup de Français et la facette sportive, et son succès en matière de sport, dans un sport très populaire qui plus est, est très important. On avait cette idée très claire de commencer par le télécrochet et de terminer dans le bureau de Montgolfier.  Comment s’approprie-t-on la réalité pour glisser peu à peu vers la fiction ? Le fait que Tapie était, dans la réalité, un personnage « bigger than life » vous a-t-il aidé ? Tristan : C’est le genre du biopic par excellence. On prend quelqu’un qui appartient un peu à tout le monde, qui a ses admirateurs et ses détracteurs, car tout le monde a un avis sur le personnage, et on se l’approprie : le personnage devient le nôtre jusqu’à ce qu’on le rende au spectateur. Évidemment, on n’a pas la prétention d’affirmer que Tapie a été tel qu’on l’a représenté : il faut assumer que c’est le nôtre, qu’on est en territoire de fiction et l’idée même de vérité n’est pas notre objectif. On raconte un destin et on s’amuse à raconter l’histoire d’une légende. Je m’amuse souvent à dire que, dans la série, tout est vrai à 50%. Car ce serait idiot de penser le contraire. Tout ce qui m’importe, c’est qu’on parte de faits établis : par exemple, pour Top Jury, l’archive existe, mais personne ne l’avait exhumée avant. Ou encore l’épisode de Cœur Assistance est vrai à 100%, mais s’agissant de tout ce qui entoure cet épisode, c’est l’imaginaire qui a pris le relais. À chaque fois, on s’appuie sur un fait qui nous inspire et à partir de là on déroule une pelote de fiction.  La tension entre l’attachement de Tapie à ses origines modestes et sa volonté acharnée de s’en émanciper est passionnante. Il restera toujours celui qui n’a pas les codes… Damien : C’est une question qui nous intéressait. La mission de Netflix, c’est de raconter des histoires qui résonnent avec notre public. C’est essentiel de ne laisser personne indifférent. J’ai été frappé des discussions sur Tapie chez des gens très jeunes ou plus âgés, et ce qu’il traverse raconte quelque chose qui parle à beaucoup de Français – pas à toute la France, mais sur les enjeux de classes sociales, de réussite, c’est hors normes. Il y a très peu de destins français qui racontent cela et le fait que ce soit un destin contemporain est très important. C’est toujours compliqué de faire un biopic sur un personnage qui a vécu il y a quatre siècles. Tapie a un côté « bigger than life » mais dans une époque proche de la nôtre, celle de l’essor de la télévision, du foot, de la justice, un espace-temps, ni loin, ni proche, mais à la bonne distance pour trouver un écho très fort chez le spectateur.  Quel est votre regard sur la manière dont Netflix accompagne les choix artistiques faits sur les séries ? Damien : Ce qui est fondamental, c’est de se dire qu’il n’existe pas de modèle standard, mais qu’on fait chaque fois du sur mesure. Par exemple, quand on passe de 6 à 7 épisodes, il faut – en dehors des aspects contractuels et financiers – se demander quelle est la vision créative des auteurs et si elle est en phase avec nos choix éditoriaux. Il y avait ici une clarté de la vision des personnages-clés et un duo auteur-producteur qui est essentiel : Bruno Nahon et ses équipes ont accompagné Tristan sur plusieurs années. On avait aussi un atout : Tristan est auteur et réalisateur, et donc le prolongement de sa vision artistique était plus fluide. Enfin, l’association de Laurent au projet était là dès le début et il a donc accordé une grande confiance à Tristan et Olivier dans le déploiement du récit. Pour nous, c’est génial quand on a autant de cohérence et de précision en face de nous. Cela nous permet d’avancer en nous posant les bonnes questions sur les choix artistiques, la musique, le montage, le choix des comédiens. 

Tapie, série disponible dès à présent sur Netflix

Equipe RP France

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