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25 mai 2023Madeleine de Cock Buning, vice-présidente des relations institutionnelles chez Netflix pour la zone Europe-Moyen-Orient-Afrique a bien voulu répondre à nos questions. Son regard d’experte sur les rapports entre le monde de la création et les institutions européennes offre un éclairage sur notre présence active au cœur du Vieux Continent.
Dans quelle mesure Netflix contribue à la création culturelle en Europe ?
Je crois que nous pouvons être fiers de l’engagement très fort de Netflix en faveur des créateurs aux quatre coins de l’Europe. Depuis 2016, nous avons produit plus de 1000 titres européens avec plus de 300 producteurs locaux. Nous explorons toute une diversité de genres, qu’il s’agisse de séries iconiques comme Borgen ou The Crown, de documentaires spectaculaires comme Vatican Girl et Les Rois de l’Arnaque, de grands films comme À l’ouest, rien de nouveau ou de comédies légères comme 8, rue de l’Humanité. Nous tenons à ce que les histoires que ces titres racontent soient largement accessibles à travers l’Europe et au-delà. Netflix est devenu l'un des créateurs les plus importants de contenus à l’échelle du continent européen, si bien que ces programmes voyagent d’un territoire à l’autre. Avant Netflix, si je voulais voir un film suédois ou français, il fallait, le plus souvent, que j’aille dans une salle art et essai. Avec Netflix, on a désormais accès à tous ces programmes. S’il y a, à l’heure actuelle, énormément d’investissements dans la création européenne, il nous importe également de nous tourner vers l’avenir et de soutenir l’émergence de nouveaux talents, davantage issus de la diversité. Nous avons notamment conclu des partenariats avec des écoles partout en Europe – en France notamment, avec Les Gobelins, La CinéFabrique ou la Fémis. Je pense que l’on peut dire que nous contribuons de manière significative à la création européenne. Pour moi, c’est une source de grande fierté.
Pensez-vous que la réglementation européenne, en particulier la directive “Services de médias audiovisuels” (SMA), joue un rôle positif ?
En réalité, nous n’avons pas attendu les obligations d’investissement pour travailler avec les créateurs européens. L’Europe est une extraordinaire terre de créations pour nous. Il y a tant de formidables histoires européennes à raconter, et tout autant d’auteurs pour le faire. Nous avons à cœur d’accompagner la création dans sa pluralité et de la partager avec le reste du monde. Certains de nos titres parmi les plus populaires au monde ont été produits en Europe !
Néanmoins, il existe un aspect majeur de la directive SMA qui permet de préserver un pan essentiel du marché intérieur de l’Union européenne : le « principe du pays d’origine. » Grâce à ce principe, quand un éditeur de services est établi dans un État membre de l’UE et qu’il veut offrir ses services dans un autre État membre, ce sont les règles du pays dans lequel il est établi qui s’appliquent.. Dans le cas de Netflix, notre siège se trouve à Amsterdam aux Pays-Bas. C’est décisif pour créer des économies d’échelle car les investissements dans les contenus audiovisuels sont très coûteux. Les obligations d’investissement à l’échelle locale sont une exception à ce principe et ne doivent pas nous faire perdre de vue l’objectif principal qui est de produire des contenus européens de grande qualité. Bien entendu, si un État membre estime qu’une intervention publique est nécessaire, il est alors essentiel que les règles soient équitables et proportionnelles, et aussi qu’elles laissent suffisamment de place à l’innovation. Pour le secteur dans son ensemble, il est également crucial de réfléchir aux conséquences potentielles de la mise en place de nouvelles règles, à l’instar des défis liés au développement des compétences ou aux augmentations des coûts de production qui sont préjudiciables pour tout le monde.
Dans ce contexte, quel regard portez-vous sur la France ?
Travaillant pour toute la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique, je constate que le cadre réglementaire français est une véritable exception. Partout en Europe, il existe des secteurs audiovisuels extrêmement florissants qui ne sont pas soumis à des obligations du type que celles qui existent en France. Des pays comme la Suède ou l’Espagne, par exemple, attirent des investissements significatifs dans la création audiovisuelle et produisent des titres très populaires malgré des obligations beaucoup plus souples.
Cela dit, la France occupe une place à part pour Netflix et nous respectons totalement l’exception culturelle française. Du coup, nous ne ménageons pas nos efforts pour nous ancrer pleinement dans l’écosystème français, être en conformité avec nos obligations et travailler avec le gouvernement et l’ensemble de l’industrie. En 2022, nous avons investi plus de 200 millions d’euros dans la création audiovisuelle et cinématographique française, avec entre 20 à 25 titres originaux chaque année et beaucoup d’autres projets en développement. Nous sommes extrêmement fiers de titres comme AKA – le troisième titre non anglophone le plus populaire sur Netflix dans le monde avec 110 millions d’heures de visionnage – ou Loin du périph qui est aussi l’un des films les plus vus sur notre service. Et bien entendu, nous nous réjouissons que les gens voient des contenus français, les apprécient et veuillent ensuite visiter la France, découvrir la culture française ou même prendre des cours de français ! Si on prend l’exemple d’Emily in Paris, une étude récente de l’IFOP montre que la série a considérablement amélioré la manière dont les Américains perçoivent Paris et, plus généralement, la France et les Français. C’est un formidable moyen d’investir dans ce secteur et de faire en sorte que tout le monde se passionne d’autant plus pour la France !
Il faut aussi reconnaître que la France compte un incroyable vivier de talents dans l’audiovisuel et le cinéma. Nous accueillons d’ailleurs très favorablement le plan d’investissement France 2030 du Gouvernement, qui jouera un rôle décisif pour former les talents de demain. Pour nous, il s’agit d’un signal très positif en matière de soutien public au développement du secteur auquel nous contribuons à travers nos propres partenariats.
Quels sont les titres Netflix que vous attendez avec impatience ?
Tapie, la série autour de Bernard Tapie. Je suis toujours très curieuse de voir si ce genre de série très franco-française pourra séduire des publics d’autres pays. Car ce qui m’a frappée dans ces parcours de personnages hauts en couleurs, c’est qu’ils peuvent se révéler fascinants pour nos abonnés, et pas uniquement pour ceux qui les connaissent déjà.
Par ailleurs, j’ai eu la chance de découvrir un court extrait de Tour de France. Cela m’a rappelé l’époque où j’allais en vacances en France avec mes parents et je me suis souvenue de mon enthousiasme pour le Tour. Ce documentaire a l’air extraordinaire car il rend vraiment compte de l’âpreté de ce combat, de sa beauté, de son humanité. Rien qu’en voyant cette bande-annonce, j’en ai eu la chair de poule. On y voit des gens qui font la fête, qui pleurent, et j’ai profondément ressenti l’émotion palpable autour de cette course. Ce documentaire est captivant.
