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« Netflix a tout à gagner à travailler avec les techniciens français » - Entretien avec Yorick Kalbache et Nicolas Bonnell

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Dans les coulisses du tournage du film Balle Perdue 2

Entretien avec Yorick Kalbache et Nicolas Bonnell

Désormais partie intégrante de l’écosystème du cinéma et de l’audiovisuel français, Netflix collabore activement avec des techniciens et des artisans locaux pour ses productions hexagonales. Yorick Kalbache, directeur de production chez Netflix France, et Nicolas Bonnell, manager VFX chez Netflix (France, Europe de l’Est, Benelux), nous en parlent.

"Netflix a tout intérêt à travailler avec des techniciens français parce qu’ils sont extrêmement bien formés et qu’ils ont une solide connaissance des usages et pratiques en France" - Yorick Kalbache

Quel est votre rôle au sein de Netflix ? Yorick Kalbache : Je suis directeur de production chez Netflix depuis un peu plus de quatre ans. Je m’assure que l’argent est dépensé au mieux des intérêts de Netflix et de la qualité des shows, en partenariat avec les équipes externes et internes. Nicolas Bonnell : En tant que manager VFX, je m’assure que les budgets correspondent aux ambitions artistiques du réalisateur ou du showrunner, et que les bons prestataires ont été choisis pour réaliser les bons effets. Puis, au montage, je dois vérifier que tout ce qu’on a anticipé s’est bien déroulé comme prévu : le nombre de plans prévus a-t-il été respecté ? Avons nous besoin d'un surcroît de VFX ? Pour les shows les plus compliqués, nous encourageons en amont l'emploi d'un superviseur et / ou d'un producteur VFX pour accompagner nos partenaires sur un plan artistique, technique et financier. Au-delà de la fluidité du processus, et l'optimisation des budgets, la seule chose qui compte à l’arrivée reste la qualité des images.

Pourquoi Netflix France fait-il autant appel aux techniciens français ? YK : Netflix a tout intérêt à travailler avec des techniciens français parce qu’ils sont extrêmement bien formés et qu’ils ont une solide connaissance des usages et pratiques en France, ce qui est très utile pour nos projets. De leur côté, ces techniciens ont tout à gagner à travailler pour nous car nous avons des productions ambitieuses.

Sur quelles productions Netflix l’apport des techniciens a-t-il été crucial ? YK : En matière de films, je pense notamment à BigBug de Jean-Pierre Jeunet où nous avions besoin d’un vrai savoir-faire pour la construction des décors, la fabrication des objets, la conception des robots, et la direction artistique. Côté séries, je peux citer des productions comme La Révolution, avec une approche cinématographique et un haut degré d’exigence pour la reconstitution, et Lupin, qui reste l’une de nos séries les plus ambitieuses.

L'équipe "robots" du film BIGBUG

"Pour que nos productions soient réussies, il faut engager des artistes avant d’engager des techniciens” - Nicolas Bonnell

Quelle est l’exigence de Netflix en matière d’effets visuels ? NB : Pour que nos productions soient réussies, il faut engager des artistes avant d’engager des techniciens : la fibre artistique, autrement dit l’éducation artistique, permet d’obtenir des effets de meilleure facture que de simples effets bien exécutés techniquement. Les VFX, c’est un art, comme la peinture ou la photographie. Il faut un minimum de goût ou d’éducation artistique : avant toute chose, il faut se constituer une bonne culture générale car cela permet de mieux appréhender les problèmes, de mieux dialoguer avec les réalisateurs, de comprendre les références.

Y a-t-il un titre récent pour lequel les VFX ont eu une importance particulière ? NB : La série Notre-Dame - La Part du feu est un bon exemple de collaboration entre Netflix et le partenaire. Les ambitions du producteur étaient très fortes, avec des VFX exigeants et complexes, mais nous avions un budget à respecter pour des raisons compréhensibles. Malgré la meilleure volonté des partenaires au montage, on s’est retrouvé, par rapport aux besoins de l’histoire, avec beaucoup plus de VFX que prévu. Il s’agissait de brûler une cathédrale ! Face au réalisateur qui tenait à garder sa vision intacte, nous avons fait un important travail d’optimisation, en bonne intelligence avec la production, de rationalisation des choix : quand on voit la cathédrale brûler une première fois, on n’a pas besoin de la revoir brûler trois fois ensuite. Cette expérience nous a énormément appris en interne et je pense que la série a une forte valeur ajoutée : techniquement, les VFX sont impeccables et c’est une relation gagnant-gagnant entre le producteur et nous. 

Dans le studio de tournage de Notre-Dame, la part du feu

"Nous avons une approche de formation en partenariat avec des écoles ou des associations pour donner la possibilité à des jeunes d’accéder au milieu et de se constituer un réseau.” - Yorick Kalbache

Quelles sont les actions menées par Netflix en matière d’insertion ? YK : Nous avons une approche de formation en partenariat avec des écoles ou des associations comme 1000 Visages ou la Cinéfabrique où nous donnons la possibilité à des jeunes défavorisés d’avoir accès à un milieu et à un réseau auxquels ils n’auraient pas accès facilement. Quand nous les engageons pour qu’ils se forment grâce à leur première expérience de plateau, nous leur versons un salaire normal de 3e assistant, ou d’assistant régisseur adjoint, puis nous les accompagnons sur une deuxième production. En outre, leur présence apporte un regard différent sur les productions, un regard de la diversité qui est le bienvenu. Et si ces personnes en ont la capacité, elles continuent à travailler pour nous : nous avons des exemples de jeunes gens qui ont commencé à travailler sur nos productions et que je retrouve aujourd’hui sur de nouveaux projets.

Qu’est-ce que Netflix compte faire à l’avenir pour aller encore plus loin ? YK : En toute humilité, nous avons envie de contribuer activement à une meilleure parité dans les métiers de l’image, et notamment les métiers techniques où il y a assez peu de femmes représentées. Nous réfléchissons ainsi à des dispositifs pour accompagner des femmes à devenir chefs-opératrices et réalisatrices. Pour y parvenir, nous agissons en leur permettant d’observer des réalisateurs ou réalisatrices au travail, tout en étant payées sur la durée du tournage.

Nous souhaitons aussi continuer de donner la possibilité à plus de gens d’accéder à ces métiers. Ce sont d’ailleurs des métiers en tension et cela ne peut être que bénéfique d’encourager la formation de plus de techniciens issus de la diversité qui, de surcroît, apportent un regard différent et des manières de penser différentes.

Enfin, nous travaillons plus que jamais sur l’éco-responsabilité qui s’impose comme un sujet central. Il sera bientôt impossible de tourner à Paris et dans d’autres grandes villes sans un véritable plan écoresponsable, et nous redoublons nos efforts en la matière car c’est absolument essentiel.