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Entretien avec Thomas Rohmer, fondateur et directeur de l’Observatoire de la Parentalité et de l’Éducation Numérique (OPEN)

Thomas Rohmer

Quelle est la mission de l’Observatoire de la Parentalité et de l’Éducation Numérique ?Notre mission est particulière dans l’univers associatif puisqu’on se définit comme une association de défense de l’enfance dans l’espace numérique et de soutien à la parentalité. En termes de sensibilisation et de prévention, on s’est dit qu’il fallait mobiliser la réponse éducative des adultes. On s’adresse aux parents et aux professionnels pour questionner leur posture éducative à l’ère du numérique. On produit donc des ressources pour que chacun puisse cheminer par soi-même car être parent à l’ère du numérique est complexe. On essaie de tenir compte de la diversité des situations et de ne pas être dans l’injonction mais dans la mobilisation. C'est d’ailleurs l’approche du rapport d’analyse FAVORI « Familles, Vidéos, Organisation, Représentations, Interprétations » menée par la chercheuse et psychologue clinicienne Marion Haza-Pery, que nous venons de dévoiler avec le soutien de Netflix. Quels sont les principaux enseignements de l’étude FAVORI ? Nous sommes tous acteurs de ces moments passés devant une fiction en famille mais on ne mesure pas toujours les enjeux qui se nouent à cette occasion, quel que soit l’âge des enfants. Ce qui est très riche d’enseignements, c’est à quel point il y a autant de réalités que de familles. Il y a toutefois des tendances intéressantes qui se dessinent, dont deux en particulier. D’abord, le fait que le visionnage de contenus vidéo est un outil privilégié par les parents comme moyen de transmettre un passé, un vécu, une histoire aux jeunes générations et que cela génère des discussions, des motifs de fierté : c’est le « rétro-watching » décrit par Marion Haza-Pery. Par ailleurs, pour nous qui nous intéressons beaucoup, dans nos travaux, à l’adolescence - période qui cristallise de nombreuses inquiétudes sociétales ou parentales - il est intéressant de constater le rôle important que peuvent jouer les contenus comme supports de médiation entre générations pour pouvoir aborder des sujets complexes ou délicats. À l’heure où les outils numériques et les écrans sont souvent pointés du doigt, c’est réconfortant de voir que lorsqu’on ouvre les portes des foyers, il s’y passe aussi des choses riches et intéressantes autour des écrans.. Avez-vous été surpris par certaines conclusions ? Dans l’ensemble, pas vraiment, car nous allons beaucoup sur le terrain et les conclusions de l'étude sont surtout venues conforter ce que nous disent les parents partout en France. En revanche, on s’est rendu compte qu’on a sans doute parfois des idées préconçues autour des peurs des jeunes enfants qui varient d’un enfant à l’autre. C’est ce qui m’a le plus touché. Cela doit nous mobiliser en tant qu’adultes et nous pousser à être plus vigilants sur ces temps d’écran partagés. Parfois, une peur peut se fixer sur une musique, une couleur, la manière dont un personnage s’exprime. Il faut être constamment attentifs à ce que nous disent les adolescents et les enfants, et veiller à ne pas extrapoler leurs propos.  Pensez-vous que les conclusions de l’étude puissent avoir certains effets notamment pour combattre les idées reçues sur les services de streaming et le visionnage ? Nous avons organisé une présentation de l’étude aux pouvoirs publics et aux acteurs de l’enfance et de la prévention qui a donné lieu à un échange très riche et positif. On aimerait beaucoup que nos travaux contribuent à faire bouger les lignes. Mais c’est compliqué car, dans notre société, la fonction des adultes - parents, enseignants, institutions - est très tournée autour de l’évitement du risque. Il faut bien sûr identifier les dangers liés aux usages des outils numériques. Mais cette culture de l’évitement du risque conduit à ne pas se poser la  question de savoir ce que font les jeunes de ces outils et donc à ne pas réfléchir à la façon dont on peut au mieux les accompagner. Je trouve cette posture catastrophique car elle renforce les angoisses et les inquiétudes parentales. Le numérique vient exacerber ces craintes : on est au cœur d’une fracture générationnelle, et comme le disent si bien les sociologues, qui parlent de la société de l’expérimentation, les jeunes s’emparent des outils numériques plus rapidement que leurs aînés, ce qui exacerbe davantage encore les peurs des adultes. On oublie trop souvent que la fonction éducative doit permettre d’autonomiser l’enfant et pas seulement de le protéger. On cherche à transmettre ces messages à nos décideurs car on ne pourra pas toujours éviter à nos enfants de prendre des risques : il faut leur faire confiance avant tout. 

Équipe Presse - Netflix France

france-pr@netflix.com

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