Divertissement
11 avril 2022Qu’est-ce qui vous a décidé à tourner la suite de De l’autre côté du périph ?
Laurent Lafitte: Je n’aime pas trop les suites en général, même si j’en ai déjà fait deux ! C’est toujours un exercice étrange de retrouver un personnage dix ans après et d’avoir du plaisir et de l’amusement sans être dans la redite. Mais j’avais très envie de retravailler avec Omar et lorsque j’ai découvert le scénario, je n’ai pas hésité une seconde.
Justement, qu’avez-vous pensé du scénario et de l’évolution des personnages ?
L.L.: Ce qui m’a plu, tout d’abord, c’était de savoir que Louis Leterrier allait réaliser le film parce qu’on avait de grandes ambitions pour les scènes d’action – et de comédie – , et qu’il nous fallait donc une vraie plus-value par rapport au premier volet. En parlant avec Louis, j’ai compris qu’on avait envie de faire le même film et qu’il était très ouvert aux propositions de dialogue. Par ailleurs, le scénario était signé Stéphane Kazandjian avec qui j’avais déjà tourné Moi, Michel G, milliardaire, maître du monde : je me sentais d’autant plus en terrain ami pour faire des suggestions pour les dialogues et pour m’approprier le personnage. Je me disais qu’il y avait la place pour un divertissement familial ambitieux.
Où en est François quand on le retrouve au début du film ?
L.L.: C’est un quasi quinqua qui n’est pas au sommet de sa forme ! Il s’est systématiquement planté aux concours de commissaires, il n’a pas obtenu les avancées qu’il espérait, et côté sentimental, il se comporte en ado. Je le plains un peu, mais ce qui est drôle, c’est la rivalité que sa situation installe face à Ousmane qui, lui, a vraiment réussi professionnellement.
Quels sont ses rapports avec Ousmane lorsqu’il le retrouve ?
L.L.: On ne peut même plus parler de rivalité car ils ne jouent pas dans la même cour : Ousmane est beaucoup plus gradé que lui ! François accepte de travailler avec Ousmane – ou plutôt s’incruste sur son enquête – car l’affaire est intéressante et le change des petits délits. Comme dans tous les bons buddy movies, il faut que les deux personnages n’aient pas du tout envie d’être ensemble au départ et qu’ils s’apprécient très progressivement. Peu à peu, ils vivent une histoire d’amitié très forte et il y a un bon dosage de déclarations d’amitié sans tomber dans le pathos ou la caricature. Ils gardent leurs différences, mais ils ont appris à s’apprécier. C’est une mécanique classique mais il fallait une idée pour la réinventer et la faire coller à l’histoire.
Comment François vit-il son expédition en Savoie ?
L.L.: On ne voulait pas tomber dans le cliché de François le parisien en mode panique en province et Ousmane le banlieusard très à l’aise dans la campagne. On en a pris le contrepied : j’incarne le citadin persuadé d’être connecté à la nature et au monde rural, tandis qu’Ousmane angoisse dès qu’il est loin d’une ville. Personnellement, je trouve la montagne angoissante et je partage plutôt le sentiment d’Ousmane ! (rires)
Il n’échappe pas totalement aux préjugés racistes…
L.L.: Ce n’est pas un personnage foncièrement raciste, ce qui serait difficile à défendre, mais il a des a priori légués par la génération antérieure. Sa peur et son ignorance de l’autre, qu’on trouve dans tous les pays du monde, est un ressort comique très efficace, surtout dans le face à face entre ces deux personnages. C’est du racisme passif car, parfois, même en étant positif et en voulant soutenir Ousmane, il tombe dans des clichés racistes.
L’alchimie entre Omar et vous est palpable…
L.L.: Franchement, on ne s’était pas beaucoup revus entre les deux films, mais notre complicité s’est reformée instantanément. Omar fait partie de ces acteurs qui vous mettent en confiance, qui provoquent une inspiration et qui offrent un terrain d’improvisation et de propositions très agréable car il est extrêmement friand de ce que je voulais lui proposer. On a fonctionné comme un duo d’acteurs autant que comme un duo d’auteurs. Omar est tellement bon camarade qu’il rebondit tout de suite sur une vanne. C’est un des tournages où j’ai le plus ri de ma vie ! C’est simple : on passait notre journée à se marrer !
Vous avez tourné sur des murs LED. Pouvez-vous m’en parler ?
L.L.: Cela m’a donné la nausée ! (rires) Le résultat est bluffant ne serait-ce qu’au combo. C’est inconfortable et excitant, un peu comme un manège de foire du Trône. Mais c’est très utile pour les plans où on est face à un paysage car c’est plus immersif et réaliste.
Pouvez-vous nous en dire plus sur la direction d’acteur de Louis Leterrier ?
L.L.: Il est totalement concentré sur l’image et le cadre, et qu’il règle aussi le Steadicam. Je me demandais comment il pouvait voir le jeu des acteurs alors qu’il était aussi axé sur la technique. Mais au fur et à mesure des semaines, je me suis rendu compte qu’il percevait très bien les choses car il n’hésitait pas à s’exprimer quand la scène ne fonctionnait pas.
J’aime bien sa façon de travailler : il laisse les acteurs libres tout en instaurant des garde-fous. Cela me plaît de sentir que je fais le film du réalisateur et d’être à la disposition de sa vision. Et j’étais donc très en confiance. Mais j’avoue que je n’avais jamais tourné autant de plans, avec autant de caméras de toute ma vie. Certains jours, il y avait jusqu’à cinq caméras !
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