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À Lyon, le triomphe de Sorrentino

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Une rétrospective, une masterclass, des salles pleines à craquer… Au festival Lumière, le pudique Paolo Sorrentino était au centre de l’attention. En point d’orgue, la présentation de La Main de Dieu (le 15 décembre sur Netflix), autobiographie bouleversante de ce grand timide.

Au festival Lumière les hommages s'enchaînent et avec eux leurs lots de redécouvertes, de réévaluations et de confirmations. L’une des plus indiscutables : Paolo Sorrentino n’est pas du genre bavard. Face à des salles combles, le cinéaste italien, visiblement ému, s’est attelé à des présentations synthétiques mais éclairantes. La plus longue n’a pas dépassé quatre minutes et la masterclass qu’il a donnée dimanche dernier est venue confirmer cette impression: Sorrentino n’est pas du genre à discourir sur son travail. Il a néanmoins été brillant, vif, souvent très amusant et s’est surtout caractérisé par un art du raccourci (« Vous semblez accorder beaucoup plus d’importance à ce que j’écris, alors que moi je n’en accorde aucune » a t-il répondu dans un grand sourire). Tout ceci peut paraître paradoxal de la part d’un des tous meilleurs dialoguistes de notre époque, mais c’est ainsi : lorsqu’il s’agit de se livrer, le réalisateur de La grande bellezza devient subitement taiseux. Et ça tombe bien car ses films parlent pour lui. Et particulièrement son dernier, La Main de Dieu, récit de jeunesse gorgé d’insouciance 80’s, de souvenirs napolitains et forcément footballistiques. Il s’agit d’une autobiographie, mais qui vise plus l’évocation que la reconstitution. Au moment de présenter cet opus au public lyonnais, Sorrentino a dissipé toute forme d’ambiguïté : « Tout n’est pas conforme à la réalité, mais c’est une histoire autobiographique. Je savais qu’un jour où l’autre je devrais la raconter mais je ne faisais que repousser le moment, un peu comme quand on repousse un rendez-vous chez le dentiste ».

« Le football n’est pas une question de vie ou de mort, il est beaucoup plus important que cela » - Bill Shankly

Comme toujours chez Sorrentino lorsqu’il s’attelle à un sujet « inspiré de faits réels », la vérité compte moins que la perception que s’en font les héros. Cela dit, La Main de Dieu représente un vrai basculement : cette fois-ci le personnage principal n’est plus un vieux monsieur au crépuscule de sa vie, mais un jeune ado qui s’éveille au monde, aux femmes, au foot. De fait le film détonne fort dans l’oeuvre de son auteur : moins désabusé, moins cinglant, moins bruyant, et du coup plus accueillant, La Main de dieu pourrait bien introduire son auteur à un public beaucoup plus large, de la même manière que le Napoli a présenté Maradona aux européens. « Le football n’est pas une question de vie ou de mort, il est beaucoup plus important que cela » disait Bill Shankly, l’un des plus grands entraîneurs et théoriciens de l’histoire du ballon rond. La Main de Dieu épouse parfaitement cette conviction : il fait s’entrechoquer de manière sidérante la tragédie que va vivre le jeune Fabio/ Paolo avec l’arrivée miracle de Diego Maradona dans sa ville natale. Il lie ainsi le destin d’un jeune ado mutique (déja !) avec celui du plus grand champion de son époque. Ce récit n’est pas seulement sidérant parce qu’il est vrai, mais parce qu’il encapsule le sublime dans le quotidien, l’immensité du monde dans une cité antique, et notre vague à l’âme dans le regard d’un jeune homme partant vers Rome. Le cinéma de Paolo Sorrentino n’est pas une question de vie ou de mort. Il est beaucoup plus important que cela.

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Equipe RP France

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france-pr@netflix.com