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3 questions à… Emma Stewart

Emma Stewart

En qualité de Directrice de l'engagement environnemental, Emma Stewart, Ph.D, a trois missions. Elle formule d’abord des objectifs collectifs et met tout en œuvre pour les atteindre. Ensuite, elle soutient nos auteurs qui souhaitent explorer à l’écran des thématiques liées au climat. Enfin, elle entretient une relation directe avec nos millions d’abonnés en abordant les sujets environnementaux qui, d’après plusieurs sondages d’opinion et nos propres données, revêtent une très grande importance auprès de 80% de nos abonnés et des personnes intéressées par Netflix.

Quelle est l’empreinte carbone de Netflix à l’heure actuelle ? En 2021, notre empreinte carbone s’est élevée à 1,5 million de tonnes métriques de CO2 – et 90% de ces émissions sont considérées comme indirectes. Autrement dit, il s’agit d’émissions générées par nos fournisseurs, ce qui est tout à fait logique pour des secteurs comme le divertissement qui ont une empreinte carbone relativement faible. Les tournages sont responsables de 60% de nos émissions, l’activité liée au fonctionnement de l’entreprise (les bureaux, les déplacements professionnels, nos achats…) représente 37% des émissions, et nos fournisseurs de cloud tout comme notre système de streaming Open Connect, permettant de transmettre nos contenus à nos abonnés, génèrent 5% de ces émissions. Au vu de ces chiffres, on voit bien que nos efforts, en tant qu’entreprise du secteur du divertissement, doivent se porter en priorité sur les tournages de films et de séries. En ce qui concerne l’impact du streaming sur l’environnement, c’est un sujet qui suscite beaucoup de questionnements et, malheureusement, beaucoup de désinformation, qu’il s’agisse de son importance toute relative et d’une soi-disant corrélation entre l’augmentation du trafic de données et l’augmentation des émissions. Or, il n’y a pas de corrélation directe entre les deux. Internet est constamment en marche, et on s’en sert pour des milliers de raisons, dont le streaming fait partie. On peut utilement comparer Internet à un bus : un bus effectue systématiquement son trajet, qu’il soit vide, bondé ou à moitié rempli de passagers. C’est sans doute la meilleure analogie qu’on puisse trouver pour parler de l’infrastructure d’Internet : même quand les volumes de données sont très élevés – et que le bus est bondé –, il ne consomme guère plus de carburant. Grâce au groupe de recherche DIMPACT.org, nos collègues et nous-mêmes avons découvert que, en matière d’émissions de CO2 associées au streaming (ou encore à la publicité ou aux jeux en ligne), ce sont les terminaux (le téléviseur, l’ordinateur, la tablette, le téléphone) qui sont les plus importantes sources d’émissions dès lors qu’elles se connectent à Internet – elles en représentent plus de 50%, voire 70% du total. C’est d’ailleurs logique : Internet est une infrastructure ouverte, utilisée pour des milliards d’usages, tandis que le terminal n’est utilisé que par une ou deux personnes, ou un foyer. On le branche sur une prise et il consomme de l’électricité fournie par un opérateur local. D’autre part, le Carbon Trust – un éminent groupe de réflexion britannique – a démontré que l’impact du streaming est fortement tributaire du territoire où l’on se trouve. En France, qui produit beaucoup d’énergie décarbonée, le streaming est plus vert qu’aux États-Unis. En tenant compte de cette information, nous avons pris contact avec des fabricants de matériels en les poussant à se fixer des objectifs en matière de réduction des émissions liées à leurs produits.

Pourriez-vous évoquer la stratégie globale de Netflix en matière d’environnement consistant à réduire l’empreinte carbone de manière significative ? Notre premier engagement public consiste à réduire les émissions directes de 45% d’ici la fin de la décennie. D’après la Loi Carbone – un moyen simple de se souvenir de ce qu’il faut faire, selon les scientifiques, pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C –, nous devons diviser les émissions de la planète par deux tous les dix ans. Nous nous appuyons sur ces recommandations scientifiques pour nous fixer cet objectif qui, désormais, est entériné par une autre entité, la Science-Based Targets Initiative. Pour y parvenir, nous mettons en œuvre notre stratégie qui s’articule en trois points : Optimiser, Électrifier, Décarboner. En matière d’optimisation, nous engageons, pour nos tournages, des équipes techniques locales afin de ne pas avoir à les transporter ou à les loger. Sans compter que cela permet de créer des emplois sur place. Nous utilisons largement des éclairages LED, qui sont 75% plus économes en énergie que les ampoules traditionnelles et qui dégagent moins de chaleur. Autrement dit, elles nécessitent moins de recourir à la climatisation et offrent plus de confort pour les techniciens et les acteurs. En ce qui concerne nos salariés, nous leur proposons plusieurs possibilités pour leurs déplacements entre leur domicile et leur lieu de travail – des navettes, des trains, du covoiturage, pour limiter les émissions liées à leurs déplacements quotidiens. En ce qui concerne le streaming, nous mettons en mémoire ou stockons les films et les séries les plus regardés au plus près de nos abonnés, ce qui permet de réduire le trafic de données sur Internet. Deuxième étape : l’électrification, car la technologie électrique est à la fois plus sobre et plus propre et, en outre, elle s’avère être une technologie plus efficace à plusieurs égards. Par exemple, les véhicules électriques sont plus amusants à conduire, nécessitent moins d’entretien, diminuent le coût du cycle de vie et sont plus propres. Nous pouvons aussi généraliser le recours aux sources d’énergie électrique sur nos tournages. Parfois, les équipes sont raccordées au réseau électrique, mais pas toujours - et les tournages, partout dans le monde, font largement appel aux groupes électrogènes à diesel. Par conséquent, nous tentons de remplacer ces derniers par des batteries mobiles, propres et silencieuses, et, dans quelques cas, par des piles à hydrogène pour voir comment elles fonctionnent, si elles conviennent aux équipes, et si nous avons économisé du carburant et limité nos émissions. Le plus souvent, ces essais ont été concluants et nous cherchons désormais à les généraliser. La décarbonation est la dernière étape. Quelle que soit la source d’énergie qu’on utilise, nous voulons faire en sorte qu’elle soit la plus décarbonée possible. Nous avons donc opté pour des stratégies d’énergies renouvelables – et nous sommes prêts à payer plus cher pour une énergie propre. En matière de tournage, notre démarche est progressive. La première étape consiste, à chaque fois que c’est possible, à faire pleinement appel aux fournisseurs locaux. Dans le domaine du divertissement, ce n’est pas toujours le cas. On dialogue beaucoup avec les fournisseurs en leur demandant d’augmenter leurs capacités de production pour répondre à nos besoins en hausse constante. Car, sinon, on est toujours tenté de recourir à des groupes électrogènes. En deuxième lieu, on cherche au maximum à électrifier et à décarboner – et cela passe essentiellement par les véhicules électriques que nous utilisons pour nos tournages. Le carburant des véhicules est le principal contributeur à l’empreinte carbone des tournages. Il existe toute une gamme de véhicules : des véhicules pour le transport des équipes de tournage, des minibus, différents types de camions et de tracteurs, plus ou moins grands, pour transporter les éléments de décors et le matériel lourd. Par conséquent, nous introduisons les véhicules électriques sur nos tournages à mesure qu’ils sont commercialisés. Nous nous préparons au moment où ces véhicules sortiront des usines en faisant en sorte d’avoir installé suffisamment de bornes de recharge, surtout dans les lieux dont nous sommes propriétaires. Il faut donc que nous soyons prêts à accueillir les véhicules électriques le jour où ces derniers seront commercialisés. On ne se contente pas d’attendre passivement : nous sommes en contact direct avec les entreprises de transport qui travaillent avec tout le secteur pour leur faire comprendre, de manière très claire, que nous aimerions obtenir ces véhicules plus tôt. Parfois, nous nous entretenons avec les constructeurs automobiles et les décideurs pour leur faire comprendre que nous sommes des clients patients et déterminés. La troisième étape concerne cette batterie propre et mobile dont nous avons parlé. À ce jour, nous avons mené 17 essais de batteries mobiles et deux avec des piles à hydrogène sur 13 tournages, dans divers lieux. Résultat : nous avons réalisé des économies de carburant, généré moins d’émissions et, surtout, retiré des enseignements quant aux avantages de ces dispositifs sur la souplesse des tournages – le fait que ces batteries soient silencieuses est un énorme avantage dans notre industrie. Comme vous pouvez l’imaginer, la pollution sonore est un gros handicap sur un tournage – et pourtant, ces générateurs sont très bruyants et sentent très mauvais ! Du coup, il faut les maintenir à distance du plateau, ce qui pose toutes sortes de problèmes logistiques, contrairement à une batterie mobile et propre. Lorsque nous ne parvenons pas à décarboner directement l’électricité consommée pour un tournage, nous achetons des « crédits d’énergie renouvelable », ce qui est une manière éprouvée de faire savoir que nous sommes prêts à financer la production d’énergies propres et que nous souhaiterions que les fournisseurs en produisent davantage. Nous ne sommes pas forcément les bénéficiaires de ces énergies propres, mais au bout du compte, un opérateur en sera bénéficiaire. Je suis très satisfaite que nos objectifs en matière de réduction de l’empreinte carbone reposent sur des données scientifiques. Bien entendu, nous ne sommes qu’une entreprise, et chaque entreprise doit procéder de même pour s’adapter aux exigences climatiques mondiales. Le fait que nous ayons choisi d’aller au-delà de nos engagements à l’égard des instances scientifiques – et d’atteindre l’objectif de zéro émission de CO2 d’ici décembre – est souvent considéré comme une position de leader en la matière. Comme dans tous les secteurs, il y a une forme d’inertie qui touche certaines activités car les gens ont pris leurs habitudes depuis des dizaines d’années. Il s’agit surtout d’encourager ces changements et ces mutations, et non pas tant de se focaliser sur une technologie en particulier. Cet enjeu comporte une dimension humaine et une dimension technique. C’est là que nous pouvons consolider nos efforts, en comprenant beaucoup mieux les besoins liés aux changements d’habitude et en encourageant nos techniciens – et, dans une certaine mesure, nos acteurs – pour qu’ils ne soient pas réfractaires à ces changements et qu’ils soient enthousiastes à l’idée de réduire le réchauffement climatique, pour nos enfants et pour les leurs.

Certains films et certaines séries, comme Don’t Look Up, ont pour thème central l’environnement. Cherchez-vous à encourager leur production ? À votre avis, quelles histoires permettent de sensibiliser les abonnés à Netflix aux problématiques environnementales ? Notre priorité consiste à divertir nos abonnés grâce à nos films, séries, documentaires et toutes sortes de contenus divers. De plus en plus, les créateurs parlent du changement climatique. Et de plus en plus, les études montrent qu’il s’agit d’une thématique appréciée du grand public. Nous avons mené une étude d’audience en 2020 et constaté que plus de 160 millions de foyers ont choisi de visionner au moins un titre abordant directement des thématiques environnementales. Une étude récente menée dans 16 pays a montré que 60% du public aimerait voir plus de contenus parlant spécifiquement du changement climatique. C’est un signe encourageant, mais cela ne veut pas forcément dire que les créateurs aient envie de le faire – ou sachent le faire – avec la plus grande maîtrise artistique. Tout comme la prise en considération de la diversité et de l’inclusion dans les contenus audiovisuels il y a quelques années, opérer un changement sociétal majeur dans sa création exige du courage – et c’est pour cela que notre équipe est prête à offrir ses conseils aux créateurs estimant que les enjeux environnementaux peuvent servir leur intrigue, leurs personnages, leurs décors. Et nous leurs fournissons les données scientifiques pour faire en sorte que leur propos soit réaliste. Même en matière de fiction, ils nous sollicitent pour vérifier la véracité des faits. Puis, nous offrons davantage de conseils aux scénaristes qui souhaitent savoir comment un enjeu environnemental ou un changement de comportement peut leur permettre de parachever leur scénario. Cela peut devenir, par exemple, un trait de personnalité qui enrichit un personnage. Par conséquent, plusieurs auteurs ont envie de travailler avec Netflix, et nous leur proposons de nous solliciter pour obtenir des informations et pour qu’ils soient au courant des évolutions scientifiques, de l’impact produit par les changements de comportement, car il y a beaucoup de malentendus en la matière. Les exemples comme Don’t Look Up montrent que ces problématiques sont dans l’air du temps, qu’il s’agit d’un enjeu sociétal majeur et que les gens ont envie d’en parler. Et cela permet d’obtenir d’excellents chiffres d’audience.

Equipe RP France

French PR Team

france-pr@netflix.com